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EpOx et BoTOx - biocollage et plasticolor

ReNcOnTrEs Du 9eMe ArT

Rédigé par Aude Carbone Publié dans #cafard urbain

Compte rendu des Rencontres du 9eme art - Aix en Provence

12, 13 et 14 avril 2013

N'habitant pas à côté, mon frère et moi, on décide d'y passer la journée du vendredi 12. Premier jour : on évite la folie des "samedis à Aix", et les miettes du dimanche-dernier-jour. Très bon choix.
J'ai également établi une sorte de parcours pour pouvoir en voir un maximum en me pliant aux horaires des galeries et divers lieux... Oui, parce que bien sûr, point négatif, des horaires disparates, pour des lieux éparpillés, donc un trajet en étoile toute la journée dans un centre ville où l'on veut absolument te faire lécher toutes les vitrines où tu pourras agréablement et de ton plein gré dépenser tout ton argent de poche du week-end sur un ton enjoué de Festival (cf. les 30 commerces vus par Lolmède - portraits de boutiques... ah oui ? bon...)


Le matin, 4 expos. La première à l'Office du Tourisme lui-même s'il vous plaît, pour voir les planches et tableaux de Raymond Poïvet, décrit comme "le pionnier de la Bande-Dessinée", certainement alors parce que tous ceux qui ont suivi (ou la majorité) ont tout simplement copié son style (je ne saurais dire ce qui se faisait avant lui...). Archétypes des canons de beauté des années 50/60, courbes anatomiques sans défault, plastiques de rêve, scénarios à se couper les veines d'ennui. Bon, disons que ce n'est pas mon style. Je ne zappe pas pour autant le tout, si le genre ne me plait guère, la technique de dessin est totalement maîtrisée.

Drôlement en avance sur notre planning, on ajoute sur notre route un passage au Centre Aixois des Archives départementales, pour une expo sur la France et le Liban (avec les ouvrages de Zeina Abirached et Michèle Standjofski). J'apprécie le composé entre archives et bande-dessinée, (même si je me pose des questions quant à l'arondissement des angles sur l'histoire de la France vis à vis du Liban, mes lacunes en histoire me font défault...). C'est tout de même fort agréable d'aborder ce pays comme autre chose qu'une ruine de guerre comme on nous en fait habituellement le portrait, et je ressors avec l'envie de voyager, et surtout d'aller voir moi-même ce qu'il en est.

On cavale ensuite comme des petites fourmis au Muséum d'Histoire Naturelle. Je trouve l'expo "Métamorphose" tout simplement décevante. Les images qui la "vendent" sur le programme sont des tableaux qui brillent par leur absence. Les autres sont bof. L'éclairage est trop faible, tellement que je dois allumer la torche sur mon portable... Mais oui, bien-sûr ! C'est pour créer l'ambiance caverneuse dans laquelle on veut nous plonger pour apprécier cet univers fort extrait de l'Heroic-Fantaisy, où composer un pot pourri de tableaux, faons empaillés, oiseaux morts enrubanés, et trophés avec des tête de biche comme porte-guirlande-lumineuse est tout à fait normal, en plus des insectes épinglés sous vitrine. Bon. Mark Ryden expose portant ici aussi, je ne pense pas avoir vu ses meilleures peintures, ou alors elles sont dans l'ombre (mouhahaha).

Fin de la matinée à la galerie, toute petite galerie : "Regard Contemporain" où Stefanie Shilling expose. J'aime son travail de découpage, son style tranché et organique blanc sur noir, noir sur blanc, et qui donnent à voir des chimères... Qui me font pas mal penser à Blanquet d'ailleurs... Justement, elle publie aussi des travaux chez United Dead Artists (la maison d'édition fondée par S. Blanquet). Mais je suis un peu désapointée lorsque j'apprends qu'elle vend "son livre", compilation format A5 de ses découpages originaux [cela dit retouchés pour la mise en page] en noir sur papier de qualité supérieure, environ 50 pages, au prix modique de 120€.


Bon. Pause déjeuner. A Aix, si tu ne payes pas, tu ne t'assoies pas autre part que par-terre, mais grand luxe ! On trouve un bout de bord de fontaine libre, houra ! Et j'ai même pas eu les fesses trempées, parfait. On mange en 10 minutes, il est à peine midi passé, et pas d'ouverture d'expo avant 13h30... Pfff, vaincus, on va traîner dans les librairies du Cours Mirabeau... ... ...


Ca y est ! L'expo à l'origine de cette "journée découverte, ludique et instructive" (mmh ?) pour laquelle je me suis motivée arrive enfin : Celle de Blexbolex (à droite). Cette fois-ci ça se passe au musée des Tapisserie (retraverse encore une fois tout le centre...). Bon, j'ai déjà lu Crimechien, Abécédaria, Hors-Zone et L'Oeil privé, j'y vais plus pour me replonger dans cet univers que je trouve très inspiré du symbolisme et de la sérigraphie et dont l'étrange mélange lié à ses histoires folles m'emmène sur de tortueux chemins surréalistes, entre le rêve et le cauchemard. Un très bon moment. Quelques ouvrages privés et des collections qui ne paraitront plus (sous vitrine bien-sûr) et des masques en papier maché s'ajoutent aux originaux encadrés de ses pages de livres. J'arriverai pas à trouver un point négatif sur ce coup là... ah oui : j'en veux plus ! Dommage justement qu'il n'y ait pas vraiment autre chose que du "déjà paru".


Et puis alors passons maintenant au clou du spectacle, l'expo de Jim Avignon (première image à gauche ci dessous) à la salle Seconde Nature... Un concentré de n'importe quoi, des dessins faciles qui s'enchaînent sans raison sur quatre fresques géantes sensées redécorer l'intérieur, à la manière de "l'AAAAArt Contemporain" (avec des grandes majuscules pompeuses partout) qui se veut décalé, destabilisant, osé et alternatif, mais qui en vrai baigne dans un jus croupissant de consensualité et de masturbation mentale pour aboutir à un vide intersidéral où les bobos se complaisent à trouver une énigme à élucider, alors qu'en fait il n'en est rien.

Cette expo me fait d'ailleurs penser au grandiloquent "tunnel des 1000 signes", autre "excentricité" grotesque et absurde du projet labelisé MP2013, cacapipitale européenne de la cuculture (cf. Le Dernier Cri pour la mise en boîte du projet 2013...), où quelques centaines de "panneaux de la route" décorés et arborant sigles, pictogrammes, icônes, symboles, lettrages, emblèmes, blasons (dans un but de "déconstruction artistique, tu comprends ??!!!") finissent de dégueulasser aux frais du contribuable, la voûte de ce tunnel. Aucun but ni début à cette suite sans logique d'informations picorées sur tous les bords, bref, l'Art Content-pour-rien quoi.

J'en profite pour ajouter un mot sur MP2013 qui saute sur l'occasion du festival -ça va de soi- pour s'afficher sans retenue et sans vergogne à grand renfort de banderoles, prospectus, affiche, logo par çi, pub par là... pour rappeler qu'il y aura aussi du "prêt-à-consommer" à Marseille. Décidément la culture avec un gros Cul est un commerce qui fonctionne, je devrais faire de l'Art tiens !

Je reviens vite fait sur l'expo de Jim Avignon, car il m'est impossible de ne pas parler du moment où j'entends dans mon dos la personne responsable de l'accueil du public déblatérer son discours préfait mais hésitant sur "l'artiste" affublé des très respectables adjectifs "anticapitaliste" et "underground" alors que je lis au même moment un petit pannonceau descriptif de l'individu, dont voici deux citations : "Jim Avignon obéit à une logique économique qui lui est très personnelle : "Pour une peinture qu'un particulier m'achète 500 euros, je fais payer une société 15000 euros pour la même oeuvre. Chacun paie selon ses moyens !" " ou encore "Ses nombreuses collaborations avec des entreprises comme British Airways, Arte, Rover, Swatch, ou la marque de prêt à porter NewYorker, assurent pour une grande part la viabilité de sa démarche"... La suite sans plus attendre...

On arrive [enfin] à la Cité du Livre, ouverture des portes à 15h, c'est un peu la débauche à l'officielle "librairie du festival", toutes ces expos ont donné faim, maintenant il faut consommer ! Et les gens d'acheter massivement leur(s) exemplaire(s) qu'ils pourront faire dédicacer juste derrière par leur auteur préféré, moyennant une queue dans une ambiance tiède, comme on attend son tour à la caisse. J'avoue, je n'ai pas pu résister à l'achat du volume 2 de Doggybags, une sorte de magasine/bd/comix sortie sous le label 619, le même que celui du magasine HEY!... Ce qui m'a le plus étonné c'est quand j'ai enfin trouvé la deuxième raison de ma venue à ce festival : la Print Factory, l'espace reservé à la galerie nomade Arts Factory. Alors que la librairie du festival avait donné lieu à une mise en scène, sorte de ring entouré de draps noirs au milieu d'une grande salle, avec ponts et projecteurs, staff, libraires, vendeurs, puis les auteurs assis à leur table tout autour... la Print Factory elle, disposait de quatre pauvres tables pour présentoir, installée en retrait hors de vue depuis la librairie, dans la Verrière, comme exclue, punnie... Il faut savoir que la Print Factory est "un espace entièrement dédié à l'édition limitée, avec un véritable assortiment de curiosités graphiques - introuvables dans les circuits de diffusion traditionnels - qui propose notamment les sérigraphies de Stéphane Blanquet, un focus sur les productions United Dead Artists et de nombreux collectors signés Lolmède, Nicolas Barrome, Re:Surgo / Bongoût ou Le Dernier Cri." (extraits du programme officiel) Comme quoi l'alternatif : un peu, mais pas trop, et si possible ailleurs.

Après un petit tour à l'expo de Herr Seele et de son Cowboy Henk tout à côté de la librairie (puisque c'était à côté hein, on va faire les curieux), et puis bon, graphismes simples, scénarios simples, humour simple, mais dans l'ensemble pas non plus désagréable en cette fin de journée physiquement éprouvante à force d'aller retour et piétinnage sur du béton.

Et il nous reste même un peu de temps avant de rentrer, alors on s'improvise à l'exposition de François de Jonge à la galerie Vincent Bercker. Et là, grosse claque, un travail minitieux presque maniaque, au moins une douzaine de planches longues (entre autre), formant une fois rassemblées une sorte de carte d'un labyrinthe entre ville souterraine dévastée et bidonvilles où l'on voit vivre plein de petits personnages dans ce dédale aussi moyenageux que... tout à fait actuel. Pas un millimètre de papier n'a été laissé au hasard, le rendu est assez impressionnant.

Suite à IntuitLab où on nous laisse rentrer un peu avant l'ouverture. On rencontre même vite fait Nicolas Barrome, son travail me fait penser à celui de Niark (pour les toiles en couleur), le reste au stylo noir est très très très graphique, partie que j'apprécie beaucoup. Si certains de ses travaux sont emprunts de "l'air du temps", le choix des éléments, leur composition et le style me touchent, j'en ressors avec une envie compulsive d'aller encore plus loin dans mon propre travail...

Et puisqu'il restait encore un peu de temps, et qu'on était pas venu pour rien (et que j'avais aussi très envie d'aller voir le travail de Christoph Mueller) nous nous sommes rendus à la Galerie Susini, pour y voir son exposition. Rez-de-chaussée : des tableaux, des planches disparates, premier étage : quelques planches de sa récente bande-dessinée, un travail typographique et graphique qui ne me laisse pas stoïque. Stylo noir uniquement, du trait et du trait seulement, me viennent à l'esprit des références à l'imagerie rétro, le tatouage old school et le dessin d'architecture. Très contradictoire aussi cette priorité donnée au réalisme du détail, quand d'autres éléments plus "importants" sont traités de manière plus suggérés.

...

Fin de la journée, j'ai mal aux pieds, salement. Faut encore tout retraverser pour rejoindre la voiture, et lécher encore une fois toutes ces vitrines mais je n'ai plus de salive, et je suis fatiguée.


Dans l'ensemble, j'ai passé une bonne journée, grâce à quelques expos qui valaient franchement le détour et à la présence de Arts Factory. Mais cet eternel consensus entre "ce que les gens veulent voir" et "ce que l'on vous montre" reste extrêmement pesant, il s'agit de contenter le "connaisseur" mais avant tout d'ameuter la foule, et surtout de lui faire dépenser des sous. Comme le plan du centre ville indiquant les expos du festival et en parrallèle un "parcours boutique" (???!!) la bonne excuse : ah oui ! les "portraits de boutique" vus par Lolmède, suis-je bête... Ou certaines annonces d'expos sur le programme arborrant la meilleure illustration pour une déception totale une fois sur place (Métamorphose). Ou toutes ces galeries, là, lieux incontestés de l'AAAArt NOOOOOble, en dehors desquelles rien ne vaut un coup d'oeil mais dans lesquelles n'importe quelle merde devient de l'or. Ou encore le coup de la librairie bien vendeuse et commerciale au centre des projecteurs, et le stand d'éditions indépendantes et alternatives caché derrière un énorme mur, parce que faudrait pas trop ébranler les moeurs de la tranche majoritaire et bien pensante de la population moyenne qui aime se divertir et se complaire, mais pas trop trop réfléchir, parce que le week-end, c'est fait pour se détendre...


Liens :

Arts Factory - galerie nomade
United Dead Artists - maison d'édition
Le mauvais oeil sur 2013